Une coopérative agricole bio collecte les biodéchets des restaurateurs

Auteur: Alix Bricteux

CONTEXTE

Vert d’Iris International est une coopérative potagère bruxelloise basée à Neerpede (Anderlecht). Elle cultive notamment des fruits, légumes et fleurs comestibles bio à Anderlecht sur plus d’un hectare, dans une approche agroforestière éco-intensive. Elle propose également un programme d’apprentissage en entrepreneuriat social pour l’alimentation durable ancré dans la réalité entrepreneuriale du secteur.

A l’heure de la création et de la mise en valeur de (micro-)fermes maraîchères partout en Europe, et d’autant plus en milieu péri-urbain, une opportunité unique se profile : coupler les producteurs aux consommateurs pour assurer une gestion écologique et mutuellement bénéfique des déchets organiques compostables, le tout dans une optique d’économie circulaire.

A Bruxelles, les sources de compost de proximité, de qualité (autorisées en agriculture biologique certifiée) et à moindre frais sont inexistantes – ou alors très rares. Or, le compost est un amendement précieux en maraîchage biologique : il apporte de la matière organique au sol, qui met naturellement à disposition des éléments nutritifs essentiels à la bonne croissance des plantes. Dans un système éco-intensif, où sont privilégiées les rotations rapides et multiples de cultures au cours d’une saison, il importe d’autant plus d’apporter au sol des doses régulières de matière organique. Cet apport de matière organique est également essentiel dans le contexte pédologique actuel. Depuis des décennies, la qualité des sols se dégradent en raison d’une perte considérable en carbone organique et en minéraux. Ce phénomène, répandu à travers le monde, compromet la productivité des sols et par conséquent, la sécurité alimentaire. L’utilisation de compost comme amendement permet de pallier à ce problème et ré-incorporant les éléments nécessaires à la bonne qualité d’un sol.

Toutes ces raisons ont poussé la coopérative potagère Vert d’Iris International à produire dès le départ son propre compost. Lors des premières années, ce compost se limitait au recyclage de ses propres matières organiques, c’est à dire les restes de cultures invendues ou invendables et les fins de cultures. Mais la mise en culture début 2015 d’un nouveau potager à Anderlecht dont le sol était quasi vierge de matière organique, a fait augmenter en flèche la demande en compost.

En effet, pour pouvoir cultiver de façon éco-intensive sur ce terrain, il a fallu commencer par y recréer un sol ! Nous nous sommes ainsi mis en quête de nouvelles sources de matière organique pour alimenter notre compost…

Dans la mesure où Vert d’Iris International privilégie les circuits courts en entretenant une relation de proximité et de confiance avec les épiceries et les restaurants bruxellois qu’elle fournit tout au long de l’année en fruits, légumes et fleurs comestibles, les échanges vont au delà d’une relation fournisseur-client classique. La coopérative et les restaurant partagent ainsi leurs aspirations et leurs inquiétudes quant au devenir d’une alimentation durable. C’est au fil de ces discussions informelles autour d’une caisse de cresson fraîchement cueilli que se sont révélés les défis des restaurants et épiceries autour de la (bonne) gestion de leurs déchets. Ainsi s’est dessiné l’idée que la coopérative pourrait bien les aider à sortir de leur condition de « producteur de déchets » à celle de « source en matières organiques »…

En effet, dans un établissement classique bruxellois – comme chez la plupart les particuliers – les déchets organiques sont évacués avec le tout venant. L’incinérateur de Bruxelles accueille donc une énorme quantité de déchets composés essentiellement d’eau (Les déchets organiques représentent un tiers de la poubelle moyenne des ménages) et qui pourraient être notamment valorisés par des techniques de compostage et de méthanisation. Depuis peu, une collecte des déchets organiques destinés à la méthanisation à Ypres est proposée en Région bruxelloise : ce sont les sacs oranges. Cette collecte est gratuite pour les ménages et payante pour les professionnels. L’offre pour les professionnels se construit et se structure donc au fur et à mesure des demandes.

INNOVATION

Depuis septembre 2015, Vert d’Iris International mène un projet pilote de collecte des déchets organiques compostables avec une dizaine de ses clients-partenaires, épiceries bio et restaurants confondus.

Ce projet, initié dans le cadre du Brussels Waste Network, a pour objectif de répondre aux problématiques d’approvisionnement en compost et à la demande émanant des clients pour la valorisation de leurs déchets. Cette dynamique devrait s’étendre à de nouveaux clients dans un futur proche. Ce projet pilote a également permis de nouer des liens étroits avec les coopératives Le Champignon De Bruxelles et Vidya Ayurveda, avec qui des partenariats spécifiques ont été mis en place pour la récupération de leurs déchets (respectivement substrats de culture de champignons, restes de fruits et légumes destinés à des jus de fruit frais).

Aujourd’hui, Vert d’Iris couple ses livraisons de fruits et de légumes à la collecte des déchets organiques de ses clients/partenaires. A titre d’exemple, sur sept mois en 2016 la coopérative a récolté et traité 6,6 tonnes de déchets issus des cuisines professionnelles, épiceries et producteurs de champignons bruxellois. L’équipe entière de la coopérative a été mobilisée : une coordinatrice pour la dispense de la formation chez les partenaires, des livreurs chargés de récupérer les déchets et une équipe de maraîchers-logisticiens aux potagers pour les traiter (compostage en bacs ou en andains).

DEFIS POUR DEMAIN

La volonté de valoriser le trajet retour des livraisons (habituellement effectué à vide) a d’abord été confrontée à plusieurs limites logistiques comme le manque fréquent de place dans le véhicule entraînant des retards dans les collectes (et donc des nuisances pour les partenaires – odeurs, manque d’espace de stockage…). Ces problèmes ont nourri une réflexion en interne, toujours en cours, sur la question de comment mieux procéder et pérenniser le service.

D’autres part, le contenant dans lequel les déchets sont récoltés. En effet, les sacs plastiques à usage unique avec lesquels nous avions démarré ne sont pas idéaux d’un point de vue écologique et logistique puisque ils ont augmenté la quantité de déchets à évacuer pour la coopérative. Trouver un contenant adéquat (réutilisable, solide, hermétique) fut ainsi une demande récurrente des partenaires de la collecte et fait dors et déjà l’objet de test avec certains d’entre eux.

Du point de vue juridique, les démarches effectuées auprès de l’AFSCA en début de projet de collecte (pour s’assurer de la faisabilité d’une telle collecte couplée aux livraisons de produits frais) ont permis dans un premier temps de poser le sujet. Dans la mesure où il n’existe pas de réglementation claire sur ce sujet, L’AFSCA a émis l’avis qu’il faut s’assurer d’une séparation physique étanche/imperméable entre les déchets végétaux et les produits frais – de façon à éviter absolument le contact direct ou indirect avec les denrées alimentaires transportées en parallèle. Rendre possible cette logistique couplée a demandé beaucoup d’efforts. Mais, à grand renfort d’explication et de persuasion, nous avons fini par créer un précédent qui devrait – nous l’espérons! – faciliter l’émergence de projets similaires (voir le projet de roots-store) ou à tout le moins susciter une réflexion au sein des autorités et administrations qui n’avaient jusque là encore jamais imaginé ce scénario!

Par ailleurs, la piste de développer un pôle “compost” au sein de la coopérative sera rendue possible en 2017 grâce à un renforcement de partenariats existants dans le cadre du Plan Régional d’Economie Circulaire (PREC), via l’appel be.circular. Le soutien permettrait d’équiper la coopérative pour composter de plus grandes quantités sur une aire de compostage élargie.

Une autre piste de réflexion concerne la participation aux frais de la collecte par les partenaires. Sont-ils prêts à payer pour un tel service ? Si oui, à quelles conditions? Le nombre de partenaires idéal ? Quelles améliorations logistiques vont de pair ? Quel serait le coût de la charge de travail pour Vert d’Iris ? Quel est le seuil de rentabilité pour les partenaires de ce premier projet-pilote ? Autant de questions que nous souhaitons poser aux personnes intéressés par un service de collecte des déchets

Dans un futur proche, le compost produit servira les potagers de Vert d’Iris International, qui en utilisent de grandes quantités. Ce compost est aussi utilisé dans la mise en place de potagers en bacs. Des renseignements ont été pris quant à la possibilité de commercialiser le compost excédentaire (dans le moyen-terme). Mais le coût de mise sur le marché de compost est important (redevance unique de 1.500 euros) et doit être pris en compte dans le plan financier du pôle compost.

En ce qui concerne la reproductibilité et la sensibilisation, des modèles de “closed-loop farming” se mettent en place. C’est au cours de ce projet que nous avons pris connaissance d’une collecte quasi identique mise en place par la ferme des Paniers Verts à Bousval, de leur propre initiative.

De manière générale, le tri des déchets organiques permet à nos partenaires de prendre conscience de la valeur que peuvent avoir les déchets des uns aux yeux des autres, mais aussi de se rendre compte à quel point le système classique de traitement des déchets s’est éloigné du modèle circulaire pourtant tout indiqué par la Nature.

Finalement, et non des moindres, une évolution positive se remarque au sein de l’équipe de la coopérative : les membres du staff se responsabilisentla gestion des déchets se renforce et plusieurs coéquipiers prennent l’initiative de se former aux différentes méthodes de compostage. La collaboration avec le Comité Jean Pain a été riche, et nous espérons pouvoir continuer de bénéficier de leur expérience.