Un magasin qui organise le retour des biodechets à la terre (Roots)

 

Auteur: Aurélien Amaz/ www.roots-store.be

CONTEXTE

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Imaginez que vous puissiez rapporter vos épluchures à votre magasin où votre maraîcher viendrait les chercher pour fertiliser ses cultures…

Après des études en Gestion et Développement durable, j’ai d’abord travaillé dans le secteur associatif en tant qu’Administrateur de l’association « Les Compostiers ». L’expérience d’un an a été enrichissante. Ceci dit, nous avions assez peu de moyens et nous étions aussi très dépendant d’espaces fonciers que les communes voulaient bien nous céder. J’ai donc ensuite décidé de rejoindre Suez Environnement. Suite à la loi Grenelle votée en France, les gros producteurs de déchets organiques allaient être contraints de les « recycler », de les valoriser par compostage. Au sein du groupe, j’ai beaucoup appris sur le monde de la gestion des déchets en essuyant bien sûr quelques déconvenues sur la réalité de cette gestion. En effet, un grand nombre de déchets sont enfouis ou incinérés ce qui est pour moi contre-courant du bon sens écologique etéconomique ».

Une idée a alors germé en moi pendant plusieurs mois : « et si la révolution de la gestion des déchets passait par le secteur de la distribution alimentaire ?  Et si nous greffions un circuit court du déchet sur le circuit court alimentaire ? »

Eureka, j’ai quitté mon CDI et j’ai décidé de mieux comprendre le secteur agricole qui semblait être le mieux positionné pour absorber cette matière organique en la compostant et en en faisant un engrais naturel pour enrichir les sols. Je suis donc parti 4 mois à la Ferme des possibles, près d’Avignon dans le sud de la France. Là-bas, j’ai beaucoup appris sur moi-même et sur le quotidien des producteurs. C’est

aussi à ce moment-là que j’ai été convaincu que nous pourrions changer le modèle de gestion des déchets organiques grâce à l’agriculture. Je suis ensuite revenu à Bruxelles et j’ai créé la Ruche qui dit oui d’Etterbeek puis, surtout, le magasin Roots Store avec Hannah.

Situé dans le quartier européen, le magasin Roots-Store est un lieu qui (re)tisse un lien de confiance entre producteurs et consommateurs. La traçabilité des produits est complète. Roots se veut bio, local mais aussi circulaire. Circulaire, c’est-à-dire faire en sorte que le maximum de ce qui a été pris à la terre puisse y retourner. La question des déchets organiques a ainsi tout de suite fait partie des objectifs du projet Roots.

En effet, la matière organique est une ressource abondante et pourtant rare! Nos producteurs maraichers ont un manque d’apports naturels en matière organique; à une époque qui n’est plus la nôtre, les terres maraichères étaient nourries par les déjections humaines et celles des chevaux. Depuis, ces volumes de matières organiques sont traités en station d’épuration (excrément humain) ou sont inexistants (excrément de cheval depuis l’avènement de la voiture). Résultat, nos sols agricoles européens sont de plus en plus pauvres en oligo-éléments, comme le révèle notamment l’INRA depuis plusieurs années. Il est nécessaire de les enrichir à nouveau avec un engrais 100% naturel. C’est pourquoi les paysans maraîchers sont partout demandeurs d’un compost de qualité. Le système décentralisé pourrait donc œuvrer en faveur d’un resserrement des liens historiques entre la ville et sa campagne nourricière (Centre d’écologie urbaine), s’inscrivant donc tout à fait dans la stratégie d’économie circulaire désirée par Bruxelles Capitale.

INNOVATION

Nous souhaitons par conséquent greffer un circuit court du déchet au circuit court alimentaire, c’est-à-dire être un magasin alimentaire de proximité et en même temps être un point relai de “recyclage”  notamment des déchets organiques. On peut donc faire ses courses et en même temps valoriser ses déchets organiques.  Le magasin donne accès à un service de compostage. Grâce à un système de logistique inversée, un espace sera dédié au stockage des déchets organiques et des consignes. Les clients amènent leurs déchets organiques.

Le principe est simple : les producteurs (agriculteurs etc.) qui fournissent le magasin en aliments durant le trajet ramènent les déchets organiques et les compostent sur leur ferme au trajet retour. Une fois arrivé à la ferme, les ressources organiques sont déversées sur une aire de compostage dédiée. Cela permet d’une part d’éviter que le producteur fasse un trajet de retour « à vide » et d’autre part de transformer ce qui était jusqu’alors un déchet en une ressource, et ainsi de ramener cette ressource à la terre grâce au compostage.

La matière organique va se composter dans les fermes durant plusieurs mois (six à huit mois) puis sera utilisée comme amendement/engrais par l’agriculteur : la terre est donc nourrie avec des nutriments essentiels à la vie.

C’est donc à la fois un enjeu de gestion des déchets et un enjeu agricole, deux enjeux de taille…

DÉFIS POUR DEMAIN

Après avoir trouvé la bonne associée – Hannah, s’être fait aider par Atrium pour trouver le bon local (attractif et abordable financièrement) et avoir trouvé les fonds pour démarrer le projet via des apports des personnes, un plan financier solide et l’aide de nombreux partenaires (Village Partenaire, Bruxelles Environnement, le BECI) et de subsides (Be Circular,   Crowdfunding, Co-create), le magasin a pu ouvrir ses portes le 9 mars 2017.

Toutefois, il reste d’autres difficultés à surmonter. Il se trouve que l’innovation proposée par Roots bute sur des règlementations très contraignantes au plan européen. En clair, à la suite de scandales sanitaires récurrents dans les années 2000, l’Europe a légiféré en posant des balises règlementaires très serrées. Le projet Roots-Store est ainsi confronté aux mêmes difficultés que d’autres projets similaires, comme par exemple la coopérative agricole Vert d’Iris International à Neerpede qui souhaite amender ses sols grâce aux matières organiques issues de leurs clients restaurateurs.

Il semble cependant possible de naviguer dans les réglementations en interprétant les directives européennes à l’échelle du territoire et en fonctions des contextes et des filières.

La réunion de l’ensemble des acteurs déjà impliqués dans des solutions alternatives de gestion des déchets organiques œuvre justement à l’adaptation des règlementations qui semble-t-il peinent aujourd’hui à suivre des innovations telles que le projet Roots-Store.

Tous ensemble, nous sommes réunis pour apporter des réponses solidaires, complémentaires et exhaustives permettant d’être une réponse crédible au niveau de la Région de Bruxelles-Capitale. Il est indispensable de valider avec les experts de l’AFSCA ou de la CoABP que nous sommes autorisés à mettre en place ce que nous souhaitons développer.

Nous concernant à Roots-Store, il est aussi important pour notre projet de considérer l’acceptabilité de cette innovation par les voisins, la Commune, le comité de quartier, les agriculteurs ou encore les clients. Tous doivent adhérer à notre projet.

Last but not least, je suis également convaincu que les producteurs doivent être à la table des négociations car ce sont eux qui sont à même de transformer les matières organiques et de se transformer en gestionnaire de déchets organiques… pour le plus grand bien de nos sols agricoles !

 Un collecteur de biodéchets bientôt devant le magasin Roots Store?

Un collecteur de biodéchets bientôt devant le magasin Roots Store?