Comment des habitants gèrent-ils un compost de quartier à Forest?

Auteurs: Etienne Charlier et Mathilde Chevrant

 

Un compost de quartier ou l’aventure au coin de la rue.
 

CONTEXTE

Un compost de quartier est généralement, et c’est notre cas, le résultat de l’initiative des habitants du quartier ou d’un immeuble.

C’est donc l’histoire d’un compost de quartier dont Mathilde a rêvé après avoir lu un beau jour que Bruxelles Environnement offrait des bourses de 1000 euros pour la réalisation de composts collectifs. L’ASBL WORMS encadre les demandes pour cet appel à projet, coordonne les composts de quartier bruxellois, assure la gestion du réseau des Maîtres Composteurs (MC) et assure la formation de ceux-ci pour le compte de Bruxelles Environnement. C’est dans le bottin des Maîtres Composteurs que Mathilde a ensuite trouvé mes coordonnées puis pris contact avec moi afin de l’aider à concevoir un projet, à la fois technique et financier,…qui nous a permis de gagner une de ces bourses de 1.000 €.

Mais avant d’aller plus loin… Le compostage, c’est quoi ?

Le compostage classique est la décomposition naturelle, donc à l’air libre et par une myriade de bactéries, de micro-organismes et de vers de terre, des déchets organiques [1]. Grâce à quelques techniques simples qui sont par exemple utilisées dans un compost de quartier, cette décomposition peut être accélérée. La base d’un compostage réussi se compose d’un mélange de matières vertes (restes alimentaires crus non préparés) et de matières brunes (broyat d’arbres, feuilles mortes, etc.) en proportions plus ou moins égales.

Pourquoi composter ? Actuellement 1/3 des déchets d’un ménage sont des déchets compostables qui pourraient très simplement être valorisés en amendant à la terre des parcs, des jardins (potagers ou d’agrément) ou des fermes.

[1] Par "déchet" nous entendons toujours des restes alimentaires crus non préparés. Vous pouvez voir ici ce qui est accepté dans un compost de quartier

INNOVATION

Pour nous, gestionnaires d’un compost de quartier, les buts d’un compost sont :

  • Réduire la quantité de déchets

  • Réduire les coûts pour soi ou pour la collectivité

  • Polluer moins par la réduction des transports

  • Obtenir un compost de qualité qui donne un amendement plus naturel aux plantes et aux légumes

  • Perpétuer le cycle de la nature par le retour à la terre de la matière organique

Alors voilà, une fois la bourse de 1000€ de Bruxelles Environnement décrochée, nous nous sommes attaqués à la réalisation d’un site de compostage. Il nous a donc fallu notamment trouver un terrain, choisir les types et matières des compostières, acheter le matériel et les construire.

Parallèlement à ces aspects très concrets, nous avons dû trouver des volontaires qui deviendront l’équipe de gestion. Ensemble et en fonction du type de terrain, nous avons déterminé la manière dont les participants apporteront leurs déchets. Dans la foulée, nous nous sommes arrangés avec le projet du jardin potager de la Bibliothèque pour trouver le moyen de partager en bon intelligence un terrain communal.

Nous avons rédigé une charte commune et décidé d’un mode de gestion et d’inscription et de désinscription de nos membres respectifs, entre les jardiniers-composteurs (les cultivateurs en fait) et les seuls composteurs.

Nous avons ensuite formé les gestionnaires du terrain, rédigé un règlement d’ordre intérieur, écrit une brochure d’accueil. Nous étions fin prêts. Nous avons alors crié sur tous les toits la création du compost. Le 25 avril 2015, nous l’inaugurions en grande pompe.

Un compost représente un terreau potentiel pour le développement d’une dynamique de quartier.

Si le rôle premier d’un site est de produire du compost de qualité il convient de ne pas négliger son rôle social. Les participants sont amenés à se rencontrer lorsqu’ils apportent leurs déchets. Mais la fréquence des rencontres sera différente selon la méthode d’apport des déchets qui aura été retenue ou qui se sera imposée.

En effet, les participants peuvent amener leurs déchets sur le site de manières différentes selon les endroits…

  1. À travers un guichet à la clôture du site fermé, l’équipe de gestion se chargeant ensuite de mettre les déchets dans la compostière et d’y ajouter la matière brune. Le guichet est accessible 24/24 h
  2. En entrant dans le site fermé et en déposant les déchets dans la compostière, après avoir reçu, lors de l’inscription, la clé ou le code du cadenas protégeant le site, lequel est accessible 24/24 h.
  3. En entrant dans un site fermé qui est accessible à certaines heures de permanence seulement. Ceci implique la présence d’au moins une personne ayant l’accès au site durant toute la durée de la permanence.
  4. En entrant dans un site d’accès libre (attention à ce que le site ne se transforme pas en dépôt d’immondices…). Accès 24/24 h

On voit bien que la manière dont les habitants du quartier pourront se rencontrer sera différente selon le mode d’apport des déchets. Chaque méthode a ses avantages et ses inconvénients mais on n’a pas toujours le choix !

Après longue réflexion nous avons finalement opté pour la deuxième solution en donnant le code du cadenas du terrain à chaque participant. De temps en temps nous invitons tous les participants pour participer à la récolte du compost et/ou pour une rencontre conviviale autour d’un apéro participatif.

Actuellement (2017) nous avons en moyenne 40 ménages inscrits et notre compostière d’une contenance de 1 m³ est à vider 2 fois par an. Le compost récolté peut ensuite être utilisé par nos cultivateurs pour leur parcelle de potager ou par tous, pour leurs plantes par exemple.

DÉFIS POUR DEMAIN

Pour qu’un compost fonctionne correctement, qu’il ne sente pas mauvais et qu’il produise un compost de qualité, il faut s’en occuper. Il faut régulièrement l’aérer, vérifier le respect du mélange entre matières vertes et brunes, le taux d’humidité ainsi que la taille et la qualité des déchets. Il nous est ainsi arrivé de retrouver des demi-pastèques, un pot de fleur (oui oui avec le pot), des cuillers en inox et même un briquet…

Pour cela, une petite équipe gère et surveille le compost. Il serait intéressant de pouvoir augmenter la taille de l’équipe de gestion car nous sommes tous susceptibles de déménager et de quitter ce bas monde. Cela conduit parfois à la fermeture de certains composts, faute de bras.

Pour rappel, à Bruxelles, les sacs de couleur orange qui sont destinés à tous les déchets de cuisine sont ensuite transportés en camion à Ypres pour être transformés en gaz dans une usine de biométhanisation d’une capacité de 25000 tonnes par an. Cette usine est d’une part incapable de gérer toutes les matières organiques de Bruxelles (180.000 tonnes) quand cette collecte sera obligatoire à Bruxelles et, d’autre part, critiquable sur les plans social et écologique. Ainsi, bien que les composts de quartier ne soient pas une solution unique pour traiter l’ensemble des matières organiques à Bruxelles, ils ont certainement un rôle à jouer en fournissant très localement un compost de qualité notamment pour tous les balcons et les jardins de la ville…

C’est pourquoi de nombreuses personnes planchent sur l’avenir potentiel du compostage collectif dans le cadre global de la gestion des déchets en ville. Une des pistes de réflexion est la multiplication volontariste de ces composts afin que les déchets organiques puissent au maximum être traités sur place.

De notre point de vue, une telle méthode volontariste n’est réaliste que si elle s’inscrit dans une volonté politique au niveau communal voire régional. Une telle démarche nécessite quasiment une institutionnalisation des composts de quartier car les seules initiatives citoyennes ne seraient sans doute pas suffisantes pour apporter un réel changement dans la valorisation de ces déchets.

Il faudrait une importante sensibilisation de la population afin de pouvoir recruter des équipes et pas seulement des gens qui se limitent, même si c’est déjà très bien, à se donner une bonne conscience en apportant leurs déchets au compost de quartier.

Un autre problème est de disposer d’assez de matière brune à mélanger aux déchets de cuisine. Il n’est en effet pas facile de trouver des membres disposant d’un véhicule pour aller chercher cette matière brune et l’amener sur place. En effet, l’apport des participants n’est que de la matière verte et les gestionnaires doivent, comme ils peuvent, trouver la matière brune indispensable à un compost de qualité. L’actuel règne de la débrouille ne serait pas suffisant. 

Il faut donc se poser certaines questions comme “que deviennent tous les arbres qui sont abattus lors de travaux publics, réaménagement de voierie etc. ? “. Un bel exemple, pour les communes, de collaboration possible entre le service des Espaces verts et celui des Travaux publics qui permettraient de fournir du broyat à ces composts. Les entrepreneurs seraient par exemple dans l’obligation de céder aux autorités communales ou régionales tous les arbres enlevés lors de travaux publics.

Bien sûr tout cela se ferait sur base volontaire mais peut-être pourrait-on imaginer un défraiement (voire plus) pour le responsable d’un tel site en échange de son temps et des soucis qu’apporte quand même cette gestion.

Quoi qu’il en soit… créer un compost collectif est une belle aventure !

Trouvez un compost collectif à côté de chez vous: