Le premier coup de pédale de l’assiette à la terre

CONTEXTE

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Comme la plupart des villes en France et en Belgique, la métropole de Nantes ne dispose pas d’un système de collecte des matières organiques. Ces dernières se retrouvent donc largement, comme à Bruxelles, dans la poubelle tout venant qui est envoyée à l’incinérateur. Quant aux matières venant des parcs et des jardins (l’équivalent du sac vert bruxellois), elles sont gérées par Véolia qui entretient des plateformes de traitement industriel (compostage ou biométhanisation). Il n’y a pas non plus de collecte sélective pour ses déchets qui doivent être amenés par les particuliers dans le réseau de déchetterie de la Métropole.  

Toutefois, un réseau de compostage collectif se développe depuis 10 ans sous l’impulsion de l’association « compost Tri », subventionnée par Nantes métropoles, comparable à l’association Bruxelloise « Worms ». Nantes compte aujourd’hui plus de 100 composts de quartier. Mais la France va plus loin. En effet, depuis le grenelle de l’environnement lancé en France en 2007, le compostage décentralisé a fait l’objet en décembre 2012 d’une circulaire du Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie « relative aux règles de fonctionnement des installations de compostage de proximité ». Cette circulaire a permis l’émergence de projet tel que « Compost in situ » qui accompagne et gère des stations de compostage dans des collectivités ou des entreprises permettant de traiter jusqu’à 700 tonnes de déchets par an. « Compost in situ » organise également le précompostage sur place des matières organiquespuis leur envoie vers l’agriculture péri-urbaine où elles seront compostées.  Ces bacs sont en partie alimentés par la Tricyclerie.

De plus, le grenelle de l’environnement a mis en place une réglementation contraignante et progressive pour les restaurateurs. Aujourd’hui, les structures qui produisent plus de 10 tonnes par an ont l’obligation de trier leurs déchets organiques. Cela correspond environ à un restaurant faisant 150 couverts par jour. Cette règlementation va s’étendre progressivement à l’ensemble de la population.  

C’est dans ce contexte que le projet de la Tricyclerie a été créé en 2015. La vision au sein de l’association est d’être une force de solutions face aux enjeux clés de territoire : la gestion et la valorisation écologique des biodéchets en zone urbaine et l’impulsion des mobilités douces comme logistique urbaine d’avenir.

 

INNOVATION

La Tricyclerie, c’est le premier coup de pédale de l’assiette à la terre. Le projet est d’abord un réseau en plein développement de parties prenantes tels que: les « partenaires points de collectes », les partenaires « espaces de compostage (et autre valorisation) de proximité », ou encore les partenaires « réseaux » (intégration au territoire), « évènements », « institutionnels» et « universitaires ».

Le projet est passé d’un quartier (île de Nantes) avec 8 restaurants à 18 restaurants, 6 espaces de bureau et une brasserie, le tout sur 3 quartiers de Nantes (île de Nantes, Bouffay et Champs de Mars). A ce jour ce sont plus de 200kgs de déchets organiques qui sont collectés et compostés par semaine.

Concrètement, aujourd’hui la Tricyclerie c’est :

  • 3 espaces de compostage en partage avec d’autres structures locales.
  • Une équipe d’une dizaine de bénévoles mobilisée minimum 2 fois/semaine. 2 salariées.
  • Zéro impact CO2 à la collecte et un encombrement transport diminué dans les rues.
  • Plusieurs actions sur le volet du gaspillage alimentaire sont mises en place avec les restaurateurs, les scolaires et les citoyens.

La Tricyclerie offre ainsi une réponse à des besoins avérés. C’est pourquoi de nouveaux lieux les contactent pour participer à la boucle des collectes et du compostage (l’Hotel de ville, des restaurants, la SEMITAN, les Bateaux Nantais, des espaces de bureaux et des établissements scolaires, de santé).

Les restaurateurs qui sont membres de l’Association payent une cotisation mensuelle pour l’enlèvement de leurs déchets organiques provenant des préparations en cuisine. Les retours d’assiettes ne sont pas inclus pour des raisons de logistique dans le restaurant : la plupart contient en effet d’autres types de déchets non organiques qu’il serait trop fastidieux de trier.  

Les équipes de la Tricyclerie passent ensuite en vélo pour collecter les seaux de matières organiques des restaurateurs et les déversent dans des containers plus grands empilés dans la remorque du vélo. Les vélos à assistance électrique peuvent transporter jusqu’à 170 kilos de matières organiques.  

Les matières compostables sont ensuite acheminées vers différents points de compostage. Le compost produit sera ensuite soit directement utilisé sur place (dans les parcs et les jardins), soit acheminé vers l’agriculture péri-urbaine.

Ce centre pour entreprises en économie sociale (Solilab) accueille sur son site une plateforme de compostage. Un camion amène la matière vers une ferme qui utilise des andins ; retournement avec des hélix branchés à un tracteur.

En toute logique, d’autres villes ou acteurs de territoires s’inspire de ce projet pour un développement local (Angers, Pau, ile de la Réunion, Grenoble). La Tricyclerie accompagne les porteurs de ces projets pour les mettre en place dans leur ville.

On recense au travers du projet de la Tricyclerie trois types de bénéfices au service de la Métropole :

Bénéfices économiques :

  • Ce système de tri, de collecte écologique et de valorisation des biodéchets permet la réduction des volumes d’ordures ménagères
  • La fréquence de collecte des OM est in fine moins importante.
  • Un système de collecte agile en zone urbaine permettant des économies de carburant et de transport.
  • Un effet levier sur les autres poubelles mieux triées.

Bénéfices écologiques :

  • Une collecte en mobilité douce, sans impact énergétique
  • Une valorisation écologique et de proximité des biodéchets (qui représentent 1/3 des poubelles)
  • Une valorisation de la matière par du compost utilisé localement pour re-nourrir les sols (en ville et pour des agriculteurs). D’autres pistes de valorisation (énergétique, nourriture animale) sont en cours d’exploration.

Bénéfices sociaux :

  • La création de nouveaux emplois dans l’Economie Sociale et Solidaire
  • Le développement de lien social et rencontres entre les acteurs des quartiers concernés
  • La sensibilisation aux enjeux du gaspillage alimentaire et du cercle vertueux du compostage.
  • Le capital sympathie du vélo, comme outil logistique et de sensibilisation.

L’objectif à 3 ans du projet de la Tricyclerie est de créer un maillage du territoire sur plusieurs quartiers de Nantes. Le projet souhaite également développer des actions et des accompagnements pour la réduction du gaspillage alimentaire auprès d’un large public.

 

DEFIS POUR DEMAIN

Le projet repose aujourd’hui encore en partie sur du bénévolat. Les cotisations des membres ne suffisent pas à rendre le projet rentable économiquement. C’est pourquoi la métropole nantaise subventionne un poste de coordinateur et qu’il est question que l’ADEME[1] finance d’autres postes pour la collecte.

Par ailleurs, les pouvoirs publics locaux sont encore largement dans un modèle de taxe d’ordure ménagère classique (NB : il n’y a pas de taxe équivalente à Bruxelles) qui n’est pas incitatif pour les particuliers et les professionnels : le système prône en effet toujours l’incinération alors même que de plus en plus de personnes demandent un changement dans la gestion de leurs déchets organiques.

Cela pose donc la question de comment faire bouger les lignes si chacun paye une taxe d’ordure ménagère qui ne tient pas compte du poids des poubelles ? Aujourd’hui nos partenaires, lieux de collecte payent notre prestation...mais ils payent aussi leur taxe d’enlèvement des ordures !

D’autre part, nous nous interrogeons sur les lieux de valorisation. A ce jour en effet, nous disposons de 3 sites de compostage qui arrivent relativement vite à saturation. Il est donc prioritaire de trouver des nouveaux sites potentiels ou existants de valorisation. Ces sites peuvent être à proximité ou à l’extérieur de la ville.

Par ailleurs, le modèle d’organisation. Nous sommes une équipe mixtes entre bénévoles et salariés. Il est parfois délicat de mobiliser les bénévoles pendant une matinée complète pour une tournée de collecte. Nous réfléchissons donc aux limites du modèle associatif et à aller vers un modèle de SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif).

Enfin, la logistique. Les tournées de collecte doivent toujours être physiquement faisables dans la limite du poids chargeable. Nous devons donc sans cesse adapter nos horaires et parcours de collecte pour que restaurants et Tricycleurs puissent être coordonnés, ce qui n’est pas toujours évident vis-à-vis de nos clients.  

 

Continuons à être acteur de la transition énergétique aux cotés des citoyens, cuisiniers, convives, salariés de bureaux, enfants, professeurs… !

 

[1] Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie

 Auteur: Colline Billon