Interview avec le directeur d'une ferme urbaine

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Rencontre avec Yves Wauters, directeur de la ferme du parc Maximilien. Réalisé par Swen Ore en août 2017.  

Bonjour Yves Wauters. Où est-ce qu’on se trouve ?

On est dans un endroit un peu surréaliste du centre-ville de Bruxelles, à 5 minutes de la Grand Place, on est à la ferme du parc Maximilien qui est situé à Yser en face du futur musée d’art contemporain.

C’est un environnement assez urbain…

Oui en effet. On accueille des associations autour de la sensibilisation à l’environnement, à la biodiversité grâce à tout ce que cette ferme comporte comme animaux, abeilles, énergie solaire, nouvelles technologie...

Et tu en es le directeur ?

Oui, depuis deux et demi.

Un directeur heureux ?

Oui bien sûr. Je suis quelque part en pleine ville et en même temps en pleine campagne

Qu’est-ce que vous produisez comme matières organiques à la ferme et comment vous les gérer ?

On reçoit de la matière des associations et des habitants que l’on traite en partie dans  un site de compostage. On a également du fumier qui vient des ânes, des moutons, des chèvres, des chevaux. On ne traite pas ces matières sur la ferme.

Vous les exportez ?

Oui, pour des champignons, quelque part en Flandre dans une usine dont j’ai oublié le nom. Mais on aimerait les traiter directement sur la ferme. 

La ferme produit aussi probablement des déchets de cuisine. J’imagine que vous organisez régulièrement des évènements ?

Oui, on organise régulièrement des lunchs, des stages, des anniversaires, on reçoit aussi pas mal d’entreprises. On trie bien évidemment tous les déchets entre ce qui est compostable et ce qui ne l’est pas.

Le poisson, la viande, par exemple, sont mis à part ?

Tout à fait, c’est mis à part. Ils vont directement à la poubelle « classique ». On rentre alors dans une chaine de distribution et de traitement que l’on voudrait raccourcir pour pouvoir traiter tous ces déchets à la ferme. Mais il y a aussi le pain dont nous recevons chaque jour des quantités assez importantes sur ce quartier, directement devant nos grilles, et on sait très bien que si on va un peu plus loin, on en récoltera encore beaucoup plus. L’idée est de récupérer ce pain (qui est aujourd’hui jeté et que nous même on évacue de la ferme dans des containers) pour le traiter ici directement à la ferme avec une unité de micro méthanisation.

C’est l’innovation que vous proposez à la ferme avec Yves Bertrand ?

Exactement, avec la société Qays.

Comment est-ce que vous êtes arrivé à cette idée ?

Alors moi je cherchais quoi faire avec ce pain. On est passé par plusieurs étapes, à savoir le sécher, le broyer. Mais que faire après ? Alors en cherchant ce qui existait, je suis tombé sur l’innovation de la société Qays. Nous avons pris contact et un partenariat est né entre nous. En fait l’installation existait déjà en partie à Modave [Belgique] où toutes les expériences ont été menées et qui ont montré que le système fonctionne. Ici, il faut maintenant mettre le système en pratique pour pouvoir initier toute une série d’école et d’université à ce principe. A la ferme d’abord puis avec un projet à l’échelle du quartier où les habitants pourront venir l’alimenter directement parce qu’une partie du gaz produit servirait à alimenter un restaurant social

Ce qu’on a pour l’instant c’est un système de démonstration ?

Oui

Le prochain sera beaucoup plus grand ?

Oui, parce que les quantités seront beaucoup plus grandes. La demande déjà aujourd’hui est très forte. Plein de gens s’adressent à nous pour rentrer dans ce processus. A terme nous pourrions également produire pour Bruxelles un engrais qu’on va chercher aujourd’hui je ne sais pas où. Bref, notre objectif est de construire un circuit court.

Actuellement vous avez besoin d’engrais ?

Oui bien sûr.

Vous en importez ?

On prend de l’engrais de notre compost, mais ça ne suffit pas.

La micro méthanisation vous permettrait d’être autonome ?

Exactement et pouvoir satisfaire d’autres besoins dans le quartier. Automatiquement ça entrainerait également une sensibilisation à consommer mieux, à voir ce qu’on achète, comment on s’alimente etc… il y a un travail à faire avec les associations et les habitants.

A l’heure actuelle, quels défis voyez-vous à surmonter ?

Il reste la question du traitement des déchets d’origines animales parce qu’il y a là toute une réglementation en vigueur où on pourrait trouver peut-être un peu plus de souplesse.

Le système de micro méthanisation que vous proposez permettra de respecter les obligations de stérilisation avec une montée en température exigée par l’union européenne, non ?  

Oui, et c’est ça qu’on veut prouver avec notre installation : on rentre dans ce processus-là.

Vous voulez faire jurisprudence en termes de règlementations avec cette technologie ?

Exactement.

C’est quoi le planning ?

L’installation sera bientôt en fonction vers la rentrée 2017. Je dirais qu’on se donne un an sur la ferme pour bien montrer le fonctionnement avec des graphiques etc, et montrer qu’il y a un réel besoin dans ce quartier et dans d’autres quartiers. Et puis il faudra trouver des acteurs au niveau politique pour le développement d’un plus gros système.

Merci Yves!

Avec plaisir!

 

 


 La ferme urbaine du parc Maximilien veut jouer un rôle dans la gestion des déchets de la ville.

La ferme urbaine du parc Maximilien veut jouer un rôle dans la gestion des déchets de la ville.

 la petite unité de micro méthanisation - Système Qays - peut actuellement traiter 100 kilos par jour.

la petite unité de micro méthanisation - Système Qays - peut actuellement traiter 100 kilos par jour.